[Portrait] Sylvain Cugnet : accompagner un apprenti aux MAF

Sylvain Cugnet, enseignant en boucherie à l'Ecole des Métiers accompagne aux MAF

En janvier 2020, tu as œuvré à la préparation d’un jeune en MAF charcutier traiteur au salon de l’agriculture...

Préparer un apprenant au MAF national est à la fois très enrichissant et une course contre la montre.

Enrichissant pour le jeune : c’est bien souvent le premier concours de leur vie, et c’était le cas pour Victor. A partir du moment où le jeune a passé le concours départemental, puis régional, il sent la pression monter : on comprend que la prochaine étape c’est Paris et contre 21 participants qui veulent chacun être le meilleur.

Victor a changé radicalement sa façon de se préparer : avant le régional, le prof doit motiver sans cesse, à chercher des idées de recette, de présentation, etc.

Ensuite, tout change : Victor avait une idée toutes les dix minutes, ça partait dans tous les sens. Ca je trouve que c’est vraiment enrichissant pour un jeune : responsabilisé, il devient inventif, par envie.

Et pour toi ?

J’étais fier de préparer un jeune pour représenter l’EDM et la Bourgogne au salon de l’Agriculture. Ce n'est pas rien de prétendre au concours du Meilleur Apprenti de France en charcuterie traiteur.

Ca m’a forcé aussi à trouver de nouvelles idées, je me suis posé des questions : pourquoi du comment, si on fait comme ça, ça donne ça et si on fait comme, c’est mieux. Avec Victor j'ai trouvé des réponses.

Course contre la montre ?

Ca a été une belle course : le régional avait eu lieu en décembre 2019, le national en février 2020 : 2 mois et demi d'entraînement, avec trois semaines avant les fêtes, il ne fallait pas trop compter s'entraîner pour la MAF en entreprise (période intense dans nos métiers).

On a planifié la préparation sur 1 mois et demi : Victor se préparait en entreprise, durant les TP à l’EDM, et l’EDM avait dégagé 2 jours de plus par venue. M Blanchard, un artisan retraité est venu nous faire profiter de son expérience.

Le jour J

Victor a tout donné, j'ai vu une belle émotion dans son regard à l'annonce des résultats. Ses créations étaient bien mises en valeur, on a tous vu son travail et sa passion.

La place de quatrième n'est pas la plus facile à porter : Victor a tout de même eu le cran d'assurer aussi de ce côté : il était tellement fier d’avoir pu représenter la région devant sa famille, des habitants de son village, ses collègues de travail, son patron, des représentants de l’EDM, le président de la CNCT Bourgogne et une douzaine d’apprenant de l’EDM, que sa déception ne s’est pas vue très longtemps.
Pour finir, si c’est à refaire, je suis partant mais avec le podium en objectif : la vue est plus belle d'en haut.

2021, tu es sélectionné en tant que jury : comment s’est déroulée cette sélection ? 

En ce qui concerne la sélection, le président du syndicat du département (M Tourdias) a proposé ma candidature (en accord avec M Tomczak). Le syndicat s'est réuni, et a sélectionné 4 personnes par collège pour former le jury MAF national.

Je pense avoir été sélectionné parce que ces dernières années, j’ai assisté à beaucoup de formation par l’EDM (pour accueillir nos classes de BP boucher, dont une passe le diplôme cette année.

À chaque formation, j’ai rencontré François Mulette (Meilleur Ouvrier de France 2010, coordinateur de l’équipe de France de boucherie et directeur pédagogique de l'École Nationale Supérieure des Métiers de la Viande) : lui aussi m'a proposé comme jury.

Quelles sont les missions ?

Les missions demandées sont à la fois simples et délicates.

Tous les jurés doivent d'abord effectuer un stage de formation afin de s'accorder sur la façon de juger et la notation des apprentis sélectionnés (que juge-t-on, comment juge-t-on, à quel moment décide-t-on de baisser la note…).

Dans un second temps, c'est l'évaluation du travail des jeunes le jour J ; et c’est là qu'il y a une pression pour moi. Je ferai au mieux pour représenter notre collège enseignant et l’EDM bien sûr, afin que les meilleurs apprentis puissent être reconnus par leurs pairs.

Tu comptes présenter à nouveau un apprenti sur ce concours ?

Ça serait super, mais je n’ai plus de CAP. Je compte plus sur mon collègue. 

Mais je suis toujours prêt à participer à la préparation d’un de nos jeunes au MAF boucher : je pourrai faire bénéficier de l’expérience que je vais acquérir cette année. Ça nous aidera à l’avenir, et pourquoi pas, monter sur le podium ? Disons 2022 ?